[i566]                                       DE LA VILLE DE PARIS.                                            565
DCCLVII. — Descente de la chasse saincte Geneviefve.
7 juillet i566. (H i784, fol. 36g r°.)
Le Roy estant à Paris, voyant lesd, pluyes con­tinuer et la cherté de vivres, par le conseil et advis de la Court de Parlement W, auroit mandé monsr l'Evesque de Paris et l'abbé de Saincte-Geneviefve, et ordonné qu'on feroit procession generalle le di­menche, vu0 jour de Juillet, et seroit descendue la chasse de madame saincte Geneviefve et portée avec celle.de sainct Marcel et autres beaulx reliquaires des parroisses de lad. Ville de l'eglise Saincte-Gene­viefve en l'eglise de Paris '2'.
Et led. jour de dimenche, vne Juillet v° lxvi, Mess™ les Prevost des Marchans et Eschevins de lad. Ville partirent de l'Oslel d'icelle Ville à sept heures du malin, acompaignez des trois compaignées d'ar­chers, arbalestriers ct hacquebutiers, équipez en armes et portans la hallebarde sur l'espaulle, des sergens de lad. Villé qui marchoient tous devant,
vestuz de leurs robbes my parties et le navire d'or-faverye sur l'espaulle.
Après, marchoient rnesd. s" sur leurs mulles, vestuz de leurs robbes my parties avec le Greffier, et derriere eulx les Conseillers, Quarteniers et deux bourgeois de chascun quartier, et en tel ordre alle­rent en l'eglise de Paris; et lors se misrcnt à pied et allerent après lad. Eglise, et derriere l'Evesque et la chasse sainct Marcel jusques à Saincte-Gene­viefve, où ilz furent longtemps, actandans le Roy.
Luy. venu sur les dix heures, la procession com­mença à marcher pour aller en l'eglise de Paris, et marchoient les premiers les Cordeliers, Jacopins, Carmes, Augustins, et tous les autres religions de Paris avec leurs reliques.
Après, toutes les parroisses de lad. Ville, leurs bannières, croix et reliquaires.
des habitants de Paris-, invitant tous officiers royaux à faciliter la mission dudit Tanchou et à mettre à sa disposition bateaux et cha­riots pour le transport desdits blés, sous peine d'étre déclarés rebelles et désobéissants au Roi. Le 5 juillet, Jean Girault, substitut du procureur général du Roi à Tournan en Brie, fut chargé d'y enlever tous les blés, en ne laissant que le strict nécessaire aux habi­tants, "pour estre lesd. Wez venduz et distribuez au peuple en ceste Ville-, et deux marchands de blés furent envoyés à Melun avec mandat d'y prendre également tous les grains. (Archives nationales, Parlement de Paris, X1" 1617, f°'. --"• > --1" 1618, fol. 17 r°, 168 r°, 172.)
O Le vendredi 5 juillet, le Parlement, réuni en assemblée extraordinaire, décida qne, k pour appaiser l'ire de Diou sur son peuple», il serait fait une procession générale avec descente de la châsse de sainte Geneviève. Pendant qu'on délibérait, l'évêque de Paris survint et fut prié de se rendre au Louvre auprès du Roi et de la Reine pour leur faire part de cette résolution; ce prélat remplit sur-le-champ cette mission et rapporta "qu'entrant chez le Roy, la Royne luy avoict dict qu'ilz en parloient, et estoient en mesmes termes, et estoient fort contentz et y assisteraient». Le lendemain, la Cour, voulant que la procession et les prières publiques fussent accomplies uen toute humilité et dévotion», se joignit à l'évêque de Paris qui avait prescrit dans toutes los paroisses un jeune particulier, et ordonna que défenses seraient faites à tous taverniers et cabaretiers de servir vivres, vin et viandes pendant la cérémonie, et à toutes personnes se trouvant dans les maisons sur le passage du cortège de faire aucuns déjeuners ou banquets avant le retour de la procession. Cet arrêt fut publié, le même jour, à son détrompe* (Archives nationales, Parlement de Paris, X" 1618, fol. 172 r°, i75 r°.)
(2) Une relation complète de la procession du 7 juillet est insérée au registre du Conseil du Parlement (Archives nationales, X1" 1618, fol. 217); elle nous fait connaître divers incidents qui se produisirent dans l'église de Sainte-Geneviève, avant la sortie de la procession; le Parlement, arrivé le premier, avait occupé tout le chœur; le clergé de Notre-Dame, ne trouvant plus déplace, l'ut obligé de rester debout avec le peuple et se plaignit amèrement de ce que le Parlement, qui avait coutume d'attendre dans la salle ou logis de l'abbé, s'était emparé des places réservées aux dignitaires ecclésiastiques; sur ce la Cour répondit qu'en raison de la présence du Roi, elle devait se tenir dans le chœur. Un autre conflit fut soulevé par les chantres de la chapelle du Roi qui prétendaient clore la marche du cortège et chanter au détriment des religieux de Sainte-Geneviève. La procession sortit vers 11 heures et descendit la rue Saint-Jacques. Nous empruntons au récit du greffier du Parlement quelques détails qui he sont point donnes par le registre de la Ville. Ainsi l'on remarquait dans le cortège les aumôniers du Roi et abbés cn surplis, ontre autres le bâtard d'Angoulème, abbé de la Chaise-Dieu, les évêques de Châlons, Roziers, Saintes et Noyon, les ambassadeurs étrangers, notamment Celui du Pape, conduit par l'évêque de Riez, le cardinal de Bourbon, les ducs de Nevers, do Lorraine et de Montpensier, le Roi et la Reine, accom­pagnés du duc d'Anjou, de Monseigneur d'Alençon, de Madame de Lorraine, de Madame Marguerite de France, frères ot sœurs de Charles IX. A midi, l'évêque dé Paris célébra la messe, pendant laquelle on vint annoncer au Roi que, "durant lad. procession uno estoille luysanle par l'espace de plus d'un quart d'heure avoit esté veue au ciel par plusieurs, au moyen de quoy il a envoyé le viconte de Martigues pour en enquerir la verité, qui a rapporté le tesmoignaige commun de ceulx qui l'auroient veue en nombre infiny». (Archives nationales, Parlement deParis, X1" 1618, fol. 217 r°.)